Les hauts murs de meules, âgés de plus de cent cinquante ans, sont restés inchangés. La cour où se trouvait autrefois la guillotine, mais rien n’est là pour vous rappeler. Parce que tout a changé pour la santé. La dernière prison parisienne qui a vu le capitaine Dreyfus, le terroriste Carlos ou le commerçant Jérôme Kerviel a rouvert ses portes la semaine dernière et commence lundi à recevoir ses nouveaux détenus – fous décidés par les juges et décongestion des institutions périphériques de Fresnes et Fleury-Mérogis – par vague de 40 à 50 par semaine. En théorie, la prison est prévue pour 800 prisonniers. Conçue comme une prison modèle par l'architecte Joseph Auguste Emile Vaudremer en 1867 au lieu d'un hôpital, la Santé est restée inchangée depuis, devenant le symbole de la dégradation des prisons françaises. Sa rénovation, qui a duré quatre ans, a pour but de répondre aux conditions modernes d’incarcération. Ces 2,8 hectares situés au cœur du 14ème arrondissement de Paris ont été entièrement repensés. Cœur historique, la partie inférieure (le terrain est en pente) et ses quatre bâtiments en forme d'étoile autour de la rotonde historique ont été rénovés. Une "rue de la prison" mène à la partie supérieure, qui a été complètement reconstruite sur quatre étages.

L’investissement a coûté 210 millions d’euros _ entièrement à la charge de Vinci, qui louera ensuite à l’État, sur le modèle d’un partenariat public-privé de plus de 28,6 ans - Séverine Carreau pour The echoesLe coût de l'investissement, soit 210 millions d'euros, a été entièrement supporté par Vinci, qui louera ensuite à l'État sur le modèle d'un partenariat public-privé sur 28,6 ans – Severine Carreau pour Les Echos

Le coût d'investissement de 210 millions d'euros, dont 180 millions d'euros pour les travaux, a été entièrement supporté par Vinci, qui louera ensuite à l'État sur le modèle d'un partenariat public-privé sur 28,6 ans. Les loyers s'élèveront à 36 millions d'euros de 2018 à 2028 et à 13 millions d'euros de 2028 à 2043. La gestion a été confiée à Gepsa.

Pari technologique

Pour la première fois en France, la prison sera équipée de brouilleurs et de téléphones portables dans la cellule . Un véritable pari technologique, alors que l’établissement s’insère dans un quartier résidentiel et que les habitants se trouvent de l’autre côté de la rue. Le brouillage des ordinateurs portables a été confié, pour une période de six ans, à la société française SAGI.fr. Après la santé, si l'expérience réussit, le système pourrait être progressivement étendu à d'autres institutions. Dans le même temps, une concession de service public sur la téléphonie fixe d'une durée de dix ans a été accordée à Telio, l'un des leaders européens du secteur. La société financera l'intégralité de l'investissement et sera financée par le prix des communications payées par les prisonniers. Le coût d’un appel sur une ligne fixe sera de 0,08 euro par minute et de 0,18 euro sur un téléphone portable en France métropolitaine, soit environ dix fois moins qu’aujourd’hui. Les prisonniers ne pourront appeler que les numéros qui ont passé l'appel. sous réserve de validation préalable. Aucun téléphone ne sera installé dans des zones isolées ou disciplinaires. "L'accès au téléphone fixe en cellule est un élément d'apaisement de la détention. Les détenus pourront appeler leur famille sans restriction", sans avoir "Besoin de demander aux superviseurs qui pourront se consacrer à d'autres tâches"explique Christelle Rotach, directrice de l'établissement.

Le coût d'un appel vers une ligne fixe passera à 0,08 euro par minute et à 0,18 euro vers un téléphone portable en métropole, soit environ dix fois moins qu'à l'heure actuelle. Séverine Carreau pour Les EchosLe coût d'un appel vers une ligne fixe s'élèvera à 0,08 euro par minute et à 0,18 euro sur un téléphone portable en France métropolitaine – environ dix fois moins qu'actuellement – Séverine Carreau pour Les Echos

Même raisonnement pour les douches, maintenant disposées dans chaque cellule. Cela devrait également permettre d'améliorer les conditions de travail des 380 superviseurs (dont 240 stagiaires), le mouvement des détenus à l'intérieur des établissements étant souvent une source de tension. "Cela permet également aux superviseurs de se recentrer sur les détenus accompagnants", note le réalisateur.Agrandies, de 7 à 8,50 ou 9,40 m², les cellules – en théorie individuelles – seront plus lumineuses: les fenêtres, très hautes, ont été baissées à la hauteur de l'homme. Des plaques à induction et des coffres ont été installés. Des salons familiaux ont été aménagés, des salles de sport ont été creusées sous la partie supérieure et des auvents percés au-dessus des passages.

"Sectorisation des détentions"

Les quartiers de la prison ont également été repensés. Sortez du quartier "VIP" qui a vu Bernard Tapie, Jacques Crozemarie, Jean-Christophe Mitterrand ou Pierre Botton. Les "personnalités" rejoindront le voisinage des "individus", destiné aux plus vulnérables. De même, un quartier "module de confiance" sera réservé à 80 détenus qui bénéficieront d'une "liberté" accrue au sein de l'établissement pendant la journée, en contrepartie d'engagements.

700 caméras ont été dispersées dans tout l'établissement pour surveiller les 808 détenus attendus, dont une centaine en semi-liberté - Séverine Carreau pour Les Echos700 caméras ont été dispersées autour de l'établissement pour surveiller les 808 détenus attendus, dont environ 100 en semi-liberté – Séverine Carreau pour Les Echos

La prison, qui accueillera des détenus accusés de terrorisme dans des affaires de terrorisme lors de leur procès, dispose d'un service de haute sécurité, d'une discipline et d'un isolement. "Nous avons travaillé sur une très forte sectorisation des détentions"explique Christelle Rotach. 700 caméras ont été dispersées autour de l'établissement pour surveiller les 808 détenus attendus, dont environ 100 dans la zone de semi-liberté. Cependant, l’installation devrait rapidement renouer avec les vieux démons du pénitencier et à la fin de 2019, atteindre un taux d'occupation de 150%. Une évolution que son directeur a prévue pour son arrivée en 2017, demandant que certaines cellules soient équipées de deux lits. "Je préfère anticiper pour que deux personnes en cellule aient chacune leur lit"elle explique.

Les hauts murs de meule, âgés de plus de cent cinquante ans, abritent la prison de la Santé du 14ème arrondissement de Paris - Séverine Carreau pour Les EchosLes hauts murs de meule, âgés de plus de cent cinquante ans, abritent la prison de la Santé du 14ème arrondissement de Paris – Séverine Carreau pour Les Echos

Valérie de Senneville (texte) et Séverine Carreau (photos)