Pourtant impératif, la rénovation énergétique serait plus facile à déployer dans le parc de logements locatifs que dans les copropriétés privées. Dans un contexte de propriétaires divisés entre occupants et bailleurs, et le temps qui s'écoule entre deux assemblées générales, il est difficile d'avaler un devis pour des travaux de rénovation énergétique, en particulier s'ils concernent des espaces privés.

Mais pour André Pouget, fondateur du bureau d’études éponyme, la rénovation énergétique peut être une aubaine, créer de nouveaux espaces ou des activités insoupçonnées. Un nouveau positionnement qui implique un changement de langage et la création d'une nouvelle vocation, celle de "donneur thermique de l'envie", titre André Pouget.

Pour lui, la technique classique consistant à "présenter une étude thermique à AG" est un effort vain. "Il est très important d'écouter et de s'assurer d'avoir un public (…) nous devons nous accrocher aux opportunités, créer des liens, cibler les personnes influentes susceptibles de ramener le monde", décrit André Pouget qui concède que "la bouteille de cidre, jus de pomme et crêpes "participent également aux assemblées générales.

Créer de la valeur

Le cidre peut-il digérer la facture de rénovation? Pas nécessairement. Mais c’est une première étape avant de proposer des solutions de consensus pour financer les travaux, quand ils ne concernent pas toujours les parties communes. Par exemple, les modifications de la chaudière, de la menuiserie et de l'isolation de l'intérieur pourraient être financées de manière "groupée" dans le cadre de travaux sur des "parties privatives d'intérêt collectif".

Une autre façon de faire accepter le travail est de "montrer que nous pouvons créer de la valeur et trouver des idées qui donnent le sourire aux gens". En ce sens, le sas non utilisé "ne doit pas être un lieu de passage mais peut accueillir un tableau de petites annonces, des livres en prêt ou des ouvrages gérés par le quartier", suggère André Pouget. Ce sont encore des balcons placés après une isolation par l'extérieur, ou un sous-sol abandonné comme futur lieu d'accueil d'un champignon.

Après avoir "incité" le condo à effectuer des travaux de rénovation énergétique, il est toujours nécessaire de les renvoyer aux professionnels appropriés et de les tenir au courant du prochain site. L’agence de Paris pour le climat, représentée par Benjamin Rougeyrolles (également responsable de l’Observatoire Métropolitain de la Rénovation Énergétique dans les Condominiums), peut jouer le rôle de facilitateur ou de "tiers de confiance" entre copropriétaires et professionnels. "Via la plateforme Coachcopro, et dans le cadre de l'approche Make, notre rôle est de fournir des conseils, des informations neutres, libres et indépendantes", a déclaré Benjamin Rougeyroles.

Le point commun entre professionnels et copropriétaires dans le processus de rénovation énergétique réside dans la "visibilité", selon le chercheur pour qui il est important de "proposer un ensemble d'événements, de services et de dispositifs qui permettront de débloquer les idées fausses" . Pour les professionnels du secteur, il s'agit de mettre en évidence les tendances et les opportunités de marché, estimées à 40 milliards d'euros d'ici 2050, "si on prend les objectifs nationaux, régionaux, métropolitains et parisiens", analyse Benjamin Rougeyroles.