C'est un international flamand polyglotte, Chris Dercon, qui a pris les rênes de la RMN – Grand Palais, institution phare du paysage culturel français. Même s’il n’a pas de collection, ce dernier organise des expositions ambitieuses au Grand Palais et sur le territoire, accueille des expositions prestigieuses et événementielles, publie des catalogues et signe un éventail de produits dérivés Il gère le nouveau patron de cet établissement, qui emploie pas moins de 900 personnes pour 108 millions d’euros de revenus. rotation en 2018, entre dans une période complexe puisque le Grand Palais est contraint de fermer de 2020 à 2023 pour réaliser un chantier critiqué pour son budget colossal (466 millions d’euros). Mais Chris Dercon a le don de transformer les lieux qu’il investit, même s’il n’a pas encore fait face à une rénovation d’une telle ampleur. De 1990 à 2016, ce Belge qui se qualifie lui-même, "Architecte frustré"En fait, il a orienté divers musées européens vers des périmètres en évolution: le Centre d’art contemporain Witte de With, qu’il a créé à Rotterdam, au Museum Boijmans, qu’il a agrandi dans la même ville, ou la Haus der Kunst de Munich, qui il se réaménage à la Tate Modern, à Londres, où il supervise l'expansion imaginée par le cabinet Herzog & de Meuron.

Un faux pas

Les galeristes Yvon Lambert et Albert Baronian ont, le premier, été repérés, lui donnant leur logement à Gand depuis 1981: il avait alors 23 ans. De 1983 à 1988, Chris Dercon est devenu commissaire indépendant, mêlant commissariat et critique d'art en Belgique, avant de prendre la direction artistique du célèbre centre d'art contemporain Moma PS1 à New York. pas dans ce CV impressionnant? Avoir accepté la direction du théâtre Volksbühne à Berlin. Attendu au tournant par le microcosme culturel local, qui l'a immédiatement accusé de son inexpérience dans la performance sur scène, malgré son triple cursus universitaire en art, théâtre et analyse de film, ce provocateur qui n'en manque pas. Cependant, aucun courage n'a été ajouté la serviette, démissionnant avant même la fin de sa première saison. Son programme pluridisciplinaire n'a pas généré la participation attendue dans ce théâtre phare qu'il avait réussi à agrandir une salle de l'aéroport désaffecté de Berlin-Tempelhof. C’est donc avec panache que Chris Dercon rebondit à la tête de la RMN – Grand Palais, précédemment présidée par les enarques Sylvie Hubac et Jean-Paul Cluzel, après mois de vacance de l'établissement et la procrastination entre l'Elysée et le ministère de la Culture, alors pilotées par Françoise Nyssen. Une vision internationale, renforcée par sa capacité à parler cinq langues (néerlandais, allemand, anglais, italien) et à décloisonner les disciplines, a fait la différence. A l'instar de Londres, Paris est une capitale appréciée pour sa vitalité culturelle par ce Belge qui a grandi près du Musée royal de l'Afrique centrale à Tervuren, une institution construite par l'architecte français Charles Girault près de Bruxelles en 1897, trois ans avant le Grand Palais. "C’est l’un de mes meilleurs souvenirs d’enfance"dit le fils d'un urbaniste ingénieur agronome et d'un enseignant en couture, élevé dans un frère ou une soeur de cinq enfants. Son épouse, Birte Carolin von Knoblauch, docteure en littérature, connaît bien Paris, puisqu'elle a étudié à la Sorbonne.

Le goût de la gastronomie parisienne

Cuisinier à son époque, lorsqu'il ne préfère pas se détendre en nageant ou en jardinant, Chris Dercon apprécie également Paname pour sa gastronomie. Il débarque également à Montmartre en s'installant dans un petit pied-à-terre prêté par un collectionneur belge, proche de l'un de ses deux restaurants préférés, Le Grand 8, rue Lamarck, l'autre étant le Hangar, situé dans le 3ème arrondissement. Ce "lever très tôt" fait actuellement sa marque, consulte beaucoup et ne communique toujours pas sur sa stratégie pour la RMN – Grand Palais. Mais "Nous pouvons faire l'impossible ici", assure-t-il.Martine Robert