Formation aux métiers d'art, une issue pour l'ancien "premier de la classe"

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La formation de la coutellerie Couleurs de Forge accueille de nombreux adultes en reconversion professionnelle. La formation de la coutellerie Couleurs de Forge accueille de nombreux adultes en reconversion professionnelle. Couleurs de forge"Un jour, je finirai coutelier dans le Larzac." C'était la blague rituelle de l'époque où Sylvain Maenhout en avait marre de son travail de consultant en informatique. Il ne savait pas alors que c'était en partie prémonitoire. L'artisan n'a pas installé son atelier entre Millau et Lodève mais à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Il échangea son costume contre un tablier de cuir épais et ses mains noircies par la forge portaient les marques des coups de marteau et des brûlures liées au chauffage du métal. "Les jours sont moins semblables qu'auparavant. Je alterne le travail brusque du métal et l'exercice méticuleux du montage du couteau, sans oublier toutes les autres tâches liées à la création d'une entreprise", détaille le coutelier âgé de 38 ans. Il peut parler des heures consacrées à l’acier de Damas et à ses tentatives d’inclusion du lichen dans un manche en résine. Un nouvel artisan sur trois est maintenant converti, selon les chiffres de l'Assemblée permanente des chambres de métiers et métiers (APCMA). Et 8% sont diplômés d'un bac + 5, dont la moitié en ingénierie. Figures appréciées par Bernard Stalter, président de l'APCMA: "700 000 emplois sont laissés vacants chaque année dans les arts et un entrepreneur sur cinq a plus de 55 ans. Ces reconversions constituent un véritable terreau pour la vitalité de notre secteur."

"J'étais une sorte de couteau suisse"

Chantal Fouqué, directrice de La Fabrique, une école parisienne de métiers de la mode et de la décoration, note même une accélération de cette tendance. "Avec l'ouverture des apprentissages jusqu'à 30 ans, de plus en plus de jeunes professionnels postulent à notre formation", Elle dit. Lire aussi École de mode à la recherche d'apprentis tricoteurs Le début de carrière de Sylvain Maenhout est centré sur succès le cadre supérieur. Diplômé de Télécom Lille (aujourd'hui IMT Lille-Douai) en 2003, il est embauché par Mars, un groupe agroalimentaire américain dans lequel il complète son stage de fin d'études. Il est spécialisé dans les logiciels de gestion SAP et est embauché après quelques années par la société de conseil et de technologie Accenture. "J'étais une sorte de couteau suisse, ironiquement, le futur coutelier. On pourrait me confier des projets compliqués. " Les heures sont lourdes, la pression est considérable, mais le salaire monte en flèche. À la fin de 2010, l’ingénieur gagnait environ 70 000 euros bruts par an. Sylvain Maenhout a enchaîné diverses positions dans l'univers SAP avant de prendre une participation en 2013 dans une société de conseil en systèmes d'information, Lib Consulting. "J'avais la frustration de ne pas savoir faire grand chose avec les mains. Même les étagères dans lesquelles je roulais n'étaient pas droites! Sylvain Maenhout La naissance de sa fille en 2015 marque une véritable rupture. "Nous avons eu des problèmes de garde. Je décide de m'arrêter pendant trois mois, mais mes collaborateurs ne comprennent pas. C'est le clic pour changer de vie, rappelle Sylvain Maenhout. J'ai eu cette frustration de ne pas savoir faire grand chose avec mes mains. Même les étagères sur lesquelles je roulais n'étaient pas droites! Dans le même temps, travailler dans le seul but de générer des revenus me posait de plus en plus un problème d'éthique. " Un phénomène décrit par Jean-Laurent Cassely dans son livre La révolte du premier de la classe. Fous d'emplois, quête de sens et de réaménagement urbain (Ed Arkhé, 2017), qui dépasse le cas particulier de Sylvain. "Jusqu'à récemment, la reconversion était liée à des contraintes économiques. Aujourd’hui, pour une minorité de cadres supérieurs, elles sont l’occasion de trouver une qualité de vie et un sens grâce à des emplois concrets, à la proximité. Nous assistons à un renversement des valeurs open space, standardisé, est dévalué ", analyse l'auteur. Lire aussi "Le hipster pâtissier a désormais plus de valeur que le cadre supérieur de la Défense" Sylvain Maenhout ne claque pas la porte du jour au lendemain. Il négocie avec son entreprise une période de transition de plus d'un an avant son départ. Le temps de mûrir son projet. Cela donne un aperçu des conversions possibles, mais le désir de monter une coutellerie à Paris est le plus fort. Dans son entourage, les réactions sont partagées. "Ma copine me soutient, mes amis sont bien, il a dit. Mon père est plus métissé, lui qui s'est battu pour passer du travail manuel au travail intellectuel. "

Salaire divisé par quatre

La seule formation qui donne le titre de "forgeron-forgeron à la forge" – certification professionnelle RNCP – est dispensée à Pierrelatte (Drôme), pendant douze semaines. Sylvain Maenhout s'y rend pour la première fois pour une introduction à l'été 2016 puis revient en 2017 pour suivre l'intégralité du cours. "J'ai perdu huit kilos en trois mois, Il dit. Forgées depuis six ou sept heures, mes mains étaient couvertes de sang les premiers jours. Je ne pouvais rien faire. J'avais très peur, se souvient le coutelier. Alors quand j'ai eu mon titre, j'ai pleuré comme un gamin. " "Même si je devais fermer la porte dans quelques années, je jugerais ma reconversion comme réussie", déclare Sylvain Maenhout. MAITE GALLOUXL'ancien consultant prend alors les réflexes de sa vie avant d'établir un business plan et de créer sa marque, "Sylvain M". Les premières commandes arrivent de bouche en bouche dès l'été 2018. Enthousiaste, Sylvain Maenhout veut garder la tête froide: "J'apprends à bien faire, puis à apprendre à le faire rapidement. Tout se joue sur le long terme." Il a encore deux ans pour rendre sa petite entreprise viable. "Le plus gros défi est d'accepter votre nouveau niveau de vie" Chantal Fouqué, qui constate qu'un quart de ses diplômés abandonnent finalement leur projet de conversion. Sylvain Maenhout a divisé son salaire par quatre. Mais il a trouvé le sens et l’équilibre qui lui manquaient. "Même si je devais cesser mes activités dans quelques années, je jugerais ma reconversion comme une réussite, croit le jeune entrepreneur. Et puis, quand nous avons fait un tel saut, nous savons que nous aurons toujours les ressources pour rebondir. " Sylvie Lecherbonnier